Des essais cliniques récents ont montré que les traitements guidés par la biologie moléculaire peuvent améliorer la survie des patients atteints d’un cancer d’origine inconnue (CUP, Cancer of Unknown Primary). Bien que les CUP ne représentent que 2 à 5 % de toutes les tumeurs malignes, elles constituent la quatrième cause de mortalité liée au cancer en raison de leur pronostic très défavorable. Jusqu’à 85 % des patients atteints d’un CUP appartiennent à un sous-groupe dont le pronostic est défavorable, caractérisé par une survie globale médiane inférieure à un an. La prise en charge standard de ce groupe consiste en une chimiothérapie empirique non spécifique et n’a pas évoluée au cours des dernières décennies. Cependant, la faisabilité et le bénéfice clinique de ces traitements pour les CUP dans la pratique restent incertains.
En France, une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire nationale dédiée aux patients atteints de CUP (RCP-CUP) a été créé en 2020, afin de coordonner les analyses diagnostiques pathologiques, cliniques et moléculaires et de fournir une expertise centralisée pour l’orientation diagnostique et thérapeutique des patients. En effet, les progrès récents de la médecine de précision fondée sur le profilage moléculaire ont amélioré la capacité à déterminer le cancer primaire responsable ou à identifier les altérations moléculaires ciblables pour un traitement chez les patients atteints d’un CUP.
Cette RCP a lieu toutes les semaines de manière virtuelle et est composée de pathologistes, biologistes moléculaires et cliniciens, radiologues, répartis sur l’ensemble du territoire. Tout médecin souhaitant adresser le dossier d’un patient pour question sur la prise en charge peut présenter le cas de son ou sa patient(e). L’étude qui visait à évaluer l’impact diagnostique et thérapeutique de cette RCP sur les patients atteints de CUP dans un contexte national réel, vient de voir ses résultats publiés dans The Lancet Regional Health- Europe.
Les caractéristiques des patients et de leurs tumeurs, les traitements et les données de suivi de réponses aux traitements ont été recueillis de manière prospective, pour tous les patients discutés au sein de la RCP-CUP entre juillet 2020 et décembre 2023. L’impact diagnostique de la RCP a été défini comme l’identification d’un tissu d’origine putatif, et l’impact thérapeutique comme le début d’un traitement orienté soit sur l’origine identifiée, soit sur la base d’une cible moléculaire. La survie globale des patients a également été estimée et celle des patients recevant un traitement spécifique orienté grâce aux analyses de la RCP a été comparée à celle des patients recevant un traitement empirique non spécifique.
Au total, 246 patients atteints d’un CUP ont été discutés en RCP-CUP (124 femmes et 122 hommes) entre 2020 et 2023. Un tissu d’origine probable a été identifié chez 70 % des patients entièrement caractérisés, et des altérations moléculaires ciblables ont été trouvées chez 59 % d’entre eux. Les résultats montrent surtout que les recommandations thérapeutiques des experts de la RCP ont conduit à une amélioration cliniquement significative de la survie globale chez les patients traités en fonction des recommandations de la RCP par rapport au traitement empirique standard (18,6 mois vs 11 mois de survie médiane). Cette étude confirme que la médecine de précision pour les CUP est réalisable et efficace en dehors du cadre des essais cliniques, même dans une population hétérogène et à haut risque.
« Notre étude souligne l’urgence de passer d’une logique “un traitement pour tous” à une approche personnalisée adaptée au profil de la maladie. En d’autres termes : chaque patient atteint de CUP mérite une investigation approfondie accessible via la RCP nationale » explique Sarah Watson, porteuse de l’étude. Ces conclusions fournissent en effet une justification solide pour la mise en œuvre à grande échelle de RCP dédiées pour les patients atteints de CUP. La centralisation de l’évaluation pathologique et moléculaire garantit un accès équitable aux outils d’oncologie de précision et améliore à la fois le rendement diagnostique et les résultats en termes de survie.
Par conséquent, les décideurs politiques et les systèmes de santé devraient donner la priorité à l’accès à des discussions multidisciplinaires d’experts, des analyses moléculaires, pathologiques, et cliniques par des établissements référents dès le début du parcours diagnostique des CUP. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour optimiser les délais d’exécution, élargir l’accès aux thérapies ciblées et évaluer de manière prospective la rentabilité de ces stratégies nationales, mais la collaboration multidisciplinaire, le partage des données entre centres, et la mise en place d’un réseau d’expertise dédié à ces cancers se sont déjà révélés concluants.
Références :
Management and survival of patients with cancer of unknown primary discussed by a French national multidisciplinary tumour board: a retrospective analysis
- Dupain et al, The Lancet Regional Health – Europe, 2026
DOI: 10.1016/j.lanepe.2025.101524
French national multidisciplinary tumor board improves the management and survival of patients with cancer of unknown primary (ESMO 2025 poster 3017P)
- Watson et al, Annals of Oncology, Volume 36, Supplement 2, 2025
DOI: 10.1016/j.annonc.2025.08.3632.
Pour aller plus loin :
Communiqué de presse de l’Institut Curie
Article du Quotidien du Médecin